Tendoryu

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Izu 2009: Impressions de Fabrice PDF Print E-mail
  
Thursday, 29 October 2009 17:23

Un jour, j’irai au JAPON : c est ce que je disais encore il y a quelque temps. Et puis ce jour est arrivé. L’opportunité de s’y rendre grâce à l’AIKIDO. 

Quels souvenirs merveilleux, la découverte d’un pays accueillant, sans graffitis sur les murs, ni papiers chewing gums ou tous autres détritus jonchant le sol ou les bords des routes. Des gens qui disent bonjour en se courbant en signe de respect et non de soumission. Je me sens en sécurité malgré que je sois dans un lieu inconnu. 

Puis que de découvertes : les temples, les paysages, la nourriture, chaque jour est un émerveillement. 

Merci à mes compagnons de voyage. Lorsque je pense à eux aujourd’hui je ne vois que leur visages radieux du matin au soir (je sais que j’avais le même). Merci à MANON pour la superbe préparation des lieux visités, sa disponibilité à répondre à nos questions, à sa débrouillardise, et à sa gentillesse. 

Chacun parlera des bains, des supers plats, des paysages inoubliables, ce que nous avons partagé tous ensemble dans une ambiance souvent hilare. 

Le stage proprement dit j’en garde un souvenir mitigé. La frustration au début de n’avoir pu atteindre les sensations attendues. J en suis certainement le seul responsable. Et puis au fil des entrainements et des gens rencontrés, enfin le plaisir de la pratique et de la découverte. Trop court. 

La visite de l’AKIKAI, pas plus intimidante que cela. Un échange intense avec le même partenaire pendant une heure sous la direction du DOSHU.BOF. Merci à mon partenaire. 

Le dernier entrainement au TENDOKAN clôturera une semaine presque entièrement dédiée à l’AIKIDO. L’envie de se donner à fond ici, symbole de notre art. Beaucoup de plaisir, de respect, et encore une fois l’intuition que la voie est longue. 

Le temps des achats, souvenir matériel de notre séjour merveilleux. 

Je garde en mémoire ces 15 jours fabuleux. Merci encore à mes compagnons de voyages et de pratique, merci pour ces échanges simples, chaleureux et sincères. Merci à notre SENSEI pour nous avoir guidé jusqu’à ce pays qu’il connait bien. Merci pour son enseignement donné et pour celui à venir. Merci à ma femme de m’avoir permis de profiter pleinement de ce voyage. 

Une seule certitude, j’y retournerai. 

                                          FABRICE

 
Izu 2009: Dernières impressions PDF Print E-mail
  
Tuesday, 27 October 2009 21:22
Dernières impressions du Séjour.
 
 
 
Généralités sur la contrebasse, la harpe et le koto.
 
Eh non, chère Laurie, le koto n'est pas une contrebasse, et son son n'est ni vibrant, ni plaintif, bien au contraire! C'est à croire que vous n'en étiez pas, ou bien que votre esprit était ailleurs --- par exemple, accaparé par les plis ((en guillemets)) sur les joues de la jolie musicienne?
 
N'importe quel dictionnaire vous enseignera que le Koto est un instrument à cordes pincées, au son clair, un peu comme celui d'une harpe. D'ailleurs, le harpiste de la rue Daguerre, naguère, faisait vibrer sa harpe alla giaponesa dès que se profilait une âme nipponne dans son champ de vue, et l'effet était saisissant.Il est vrai que, en authentique Musicien accompli, il avait lui-même appris le koto au Japon, mais ne nous éloignons pas de notre sujet.
 
Oui, je vous rejoins sur ce point: la soirée du 18 fut mémorable, et comme vous le dites si bien, cela valait mille fois le prolongement de notre séjour, non seulement pour l'excellence des mets servis, mais surtout pour les rencontres, les retrouvailles, les mises au point, les ambiances, les dits, les non-dits (nous sommes dans le domaine du Budô, et l'intuition vaut parfois plus que le verbe exprimé: c'est l'un des enseignements majeurs de l'Aïkidô), la bonne humeur générale, la franche camaraderie, enfin. Tout était très, très bien. Et il y a même eu une suite après votre départ, chère Laurie...
 
 
L'après-soirée du 18.
 
En sortant, nous retrouvons un peu par hasard un pratiquant et ami allemand qui nous propose d'aller boire un café ensemble; nous acceptons avec plaisir, mais voilà qu'un monsieur se joint à nous sans trop nous demander notre avis d'ailleurs, mais soit, ne soyons pas sectaires. Ce monsieur japonais, coiffé d'un chapeau gris, nous emmène à travers un dédale de ruelles, que dis-je de passages pas plus larges que notre rue-du-chat-qui-pêche à Saint-Michel, et nous atterrissons en un immonde boui-boui rempli par un unique client, un salarié d'un certain âge échoué là par désoeuvrement et tenant le crachoir avec l'aubergiste qui n'a vraiment pas un air de cuisinier, chauve sur le dessus, hébété, la lippe inférieure débordante, et l'oeil pas commercial pour deux sous.
 
Nous nous trouvons à 5 autour d'une de ces tables basses qui ont l'agréable particularité de vous scier les genoux, et nous trinquons une première fois à l'amitié des peuples, et hop! une première choppe de bière débordante, et on remet çà juste après, les verres tintant à s'en rompre, mais qu'importe: l'ambiance est bonne! On se croirait en 1950. Le lieu, qui n'a pas dû être rénové depuis cette année-là, le patron qui semble venir d'un autre âge, et notre hôte avec son chapeau, bredouillant ses formules convenues en anglais, en allemand et en français; rien que pour cela, l'expérience valait le coup.
 
Notre hôte commande de la nourriture, et nous protestons; l'aubergiste lui rétorque d'une voix grave: "Mais non! Vos invités sont gavés, vous voyez bien, ils n'en peuvent plus!" Gavés, au sens de l'estomac plein, bien sûr.
 
Nous sortions à peine de table où nous avions mangé et bu, le teint étincelant, car, là, bruni à souhait par les verres de vin bus au cours de la Soirée du Tendôkan; or nous voilà bientôt avec chacun un bol de riz, une soupe, des fruits de mer assortis, et comme si ce n'était pas assez M. ISHII (c'est son nom) commande des tetrodons pour tout le monde! J'ai beau protester, le restaurateur également, rien n'y fait... Nous verrons donc arriver sur une assiette cinq petits "Fugu" blancs, effilés et baignant dans leur jus. En d'autres circonstances, j'aurais volontiers tenté l'aventure, car le fugu, poisson empoisonné vidé de son venin, est très connu pour être un met de choix; mais là, après le festin du Ginza Aster, vraiment, pas moyen d'en avaler une seule bouchée.
 
En fait, M. ISHII est fabricant de tatamis d'entraînement, et il fournit le Tendôkan depuis 40 ans. Les tatamis ont été changés quatre fois depuis l'ouverture du Dôjô, d'après ce qu'il nous dit. Il travaille exclusivement sur le marché asiatique, qui lui suffit amplement car son entreprise est petite; aussi sa démarche de ce jour ne revêt-elle aucun aspect commercial contrairement à ce que l'on pourrait croire.
 
En Allemagne comme en France, d'après lui, le marché est assez impénétrable, car ces deux pays fabriquent leurs propres tatamis d'entraînement au moins depuis les Jeux Olympiques de Munich de 1972, sans parler de la concurrence bas prix - basse qualité du sud-est asiatique; il est cependant dommage (là, c'est moi qui émets un avis) que ses produits ne parviennent pas chez nous car en les manipulant lors du Stage à Izu nous avons pu remarquer à quel point ils étaient légers (la moitié du poids d'un tatami classique) pour une qualité de chute excellente et un revêtement plastique très agréable au contact du pied.
 
Monsieur ISHII nous quitte après environ trente minutes de conversation, avec autant d'empressement qu'il en avait mis à se joindre à notre groupe! C'est cela que j'aime chez les Japonais: les choses peuvent être très rapides, très concises, on ne se répand pas en propos inutiles, on dit ce que l'on a à dire, et ensuite, bonsoir!
 
Nous terminerons la soirée à minuit et demie avec nos amis allemands, à boire un dernier verre dans un bar de sous-sol très spacieux et très propre, faisant le plein de bonne énergie en échangeant des propos extrêmement encourageants sur notre carrière future et respective qui, à à peine un demi-siècle d'âge, ne fait que commencer.
 
 
Dernières heures à Tôkyô.
 
Avant de repartir,"je" m'offre un séjour d'une nuit et un jour dans un Onsen de la région de Gunma. Il s'agit d'un dédale de bains privatifs, à moitié enfouis sous la caverne rocheuse, débouchant parfois en bout de course sur une rivière, et portant des noms pittoresques mais peu rassurants lorsque l'on se retouve le soir à minuit dans une source de montagne et que la nature profonde du Japon vous entoure, voire vous enveloppe: Kappa (petits êtres mi-humains, esprits des rivières, que l'on s'attend vraiment à voir surgir d'un coup), Tennyo (La Femme Céleste), Ryû (le Dragon), ... Tout comme lors du Stage à Izu, nous passons tout le temps en Yukata (kimono d'intérieur), et les repas sont servis dans une maison très ancienne, dans de petits salons privés, aux portes coulissantes ouvertes avec discrétion par les employés lorsqu'ils servent et desservent les plats... Des plats encore très raffinés, variés, c'est un défilé de couleurs, de saveurs, de goûts, de parfums... C'est dans cette cuisine japonaise ancestrale: de tout, mais en petite quantité, cuisiné avec le plus grand soin, que puise son inspiration la fameuse "Nouvelle Cuisine" de nos grands Chefs. Ce qui était possible avec la cuisine japonaise ne l'était-il pas avec notre cuisine, bénéficiant elle aussi d'une longue tradition? Il faut avoir goûté la cuisine japonaise locale et authentique pour le comprendre.
 
Le retour à Tôkyô sera bref. Une longue promenade dans le quartier de Kanda, avec ses bouquinistes et se librairies, les plus grandes et les mieux achalandées. Au 2ème étage de la meilleure d'entre elles, Shosen Grandé, un vaste rayon entier de livres sur le Budô, que l'on ne trouve nulle part ailleurs. Je retrouve quelques éditions anciennes, originales ou réimprimées, comme le AIKIDO GIHO ("Manuel d'apprentissage des techniques de l'Aïkidô") écrit à la fin des années 50 par Kisshômaru Ueshiba. Il s'agit d'un petit ouvrage didactique sur l'Aïkidô mais, époque oblige, les photos sont rares, figées et de qualité discutable. Le texte est très explicatif, mais ne correspond plus à ce que l'on peut rechercher dans un livre sur l'Aïkidô.
 
 
Ma petite bibliothèque: j'ai lu pour vous...
 
En revanche, un autre ouvrage du même Kisshômaru UESHIBA retient toute mon attention. Il s'agit de AIKI SHINZUI, "L'Essence de l'Aïki", qui est un regroupement de speeches et de paroles d'Ô SENSEI, ayant trait à l'esprit, l'essence spirituelle de notre art. Bien que d'un abord parfois peu aisé, j'en fais l'acquisition; l'on a tout loisir de lire tranquillement ce genre de livre, même s'il faut y passer des jours, des semaines ou des mois.
 
Un dicton japonais nous enseigne: "Relis cent fois ton texte, et tu le saisiras". D'expérience, je peux affirmer qu'il en va ainsi. Tel texte qui semble inabordable devient peu à peu accessible car notre esprit, à force de lire et de relire, trouve des points de repère, qui permettent peu à peu d'y voir clair, jusqu'à ce qu'un beau jour le sens en devienne limpide... L'esprit se façonne à l'exercice, qui est une forme d'entraînement mental; ceci est vrai dans tous les domaines. Je parle d'expérience, car lorsqu'en 1984 parut ZEN ET AIKIDO, de Maître SHIMIZU, je le lus par une sorte d'obligation, en n'en comprenant que 5% à la première lecture; aujourd'hui, après l'avoir relu dans tous les sens, annoté en marge, disséqué (sans dictionnaire, je précise!) dans ses expressions et caractères, je le saisis à 95%. Encore un petit effort...
 
Un autre ouvrage acquis en même temps et qui fait vraiment mon bonheur, c'est AIKIDO DE SATORU. Agrémenté de nombreuses photos d'Ô SENSEI dans la vie quotidienne, et constitué de multiples chapîtres assez courts, tous suivis d'un encadré ayant valeur de morale philosophique, ce livre est écrit dans un japonais un peu vieillot et doctrinal qui ne manque pas de charme. Il est l'oeuvre de Kanshû SUNADOMARI, aujourd'hui âgé de près de 90 ans s'il est toujours en vie (?). Maître SUNADOMARI créa le Dôjô de Kumamoto, à Kyûshû, où Ô SENSEI lui rendit visite et le gratifia de belles calligraphies dédicacées.
 
Ayant rejoint Maître UESHIBA vers l'âge de 18 ans, SUNADOMARI ne saisit pas tout de suite les enseignements du vieux maître (comme c'est d'ailleurs aussi le cas de nombreux autres, comme notre Maître SHIMIZU aussi); des dizaines d'années ayant passé, et l'âge faisant son oeuvre, il ressentit sa pratique éclore (d'où l'expression de satoru, verbe signifiant s'illuminer, trouver la Vérité) et passa toute sa vie à enseigner avec passion.
 
Je pense qu'il appartient à cette génération marquée pour la vie par la rencontre avec Ô SENSEI. D'autres comme HIKITSUCHI avaient peut-être une approche semblable; forcément différente, mais finalement assez parallèle de l'Aïkidô, où il n'était plus question de réaliser de belles techniques, mais de répondre à une situation de manière non-réfléchie et instantanée, fulgurante parfois... C'est le summum de l'Art, l'instant où la technique appliquée n'existe plus, où il n'est plus question que de Vie, donc d'Harmonie... Merci, Grands Maîtres, de nous avoir éclairés de vos fulgurances.
 
Je n'ai vu Maître SUNADOMARI en démonstration qu'une seule fois, en 1987; si son style étonnait par son côté non technique, tout en esquives et en mouvements dans l'instant, il est indéniable qu'il avait acquis ou recelé une parcelle de l'héritage du Fondateur, ne serait-ce que par le timing absolument sans faille dont il faisait preuve lorsque plusieurs de ses élèves l'attaquaient en même temps au bokutô ou au jô. Une démonstration saisissante, mais très personnelle. Et Dieu sait si je n'ai pas le compliment facile...
 
Qu'il me soit permis de vous lire et transcrire un tout petit passage, pour vous donner le ton général de l'ouvrage et les trésors qu'il recèle --- même si la conclusion de plusieurs chapîtres est que, décidément, c'est bien SUNADOMARI qui a raison, etc.
 
Il s'agit d'un morceau de la page 40.
 
"L'Aïkidô fait oeuvrer toutes les forces de l'Univers,
Créant un monde de Beauté, d'Absolu et de Paix.
 
Un monde pacifique ne pourra naître que si chacun, chaque homme ou femme,
Renonce à considérer l'Autre comme un ennemi ou un concurrent,
Et extirpe de son propre esprit la notion de dualité.
 
L'on aurait beau construire un système social magnifique,
Aussi longtemps que l'homme n'améliorera pas son Coeur,
Il ne naîtra pas un monde meilleur.
 
Dans les principes fondateurs de l'Aïkidô, il est dit:
 
"L'Aïkidô est Amour  (nb: dans le sens "d'Amour Universel") .
Il faut que chacun accomplisse
La Mission qui lui est impartie
En ayant en son Coeur
Ouvert à l'Immensité Céleste et à la Terre (TEN & CHI)
L'Amour Universel et Protecteur
De chaque Être & de chaque Chose:
Telle est la vocation du Budô!"
 
L'Esprit qui unit Ciel & Terre
L'Esprit sans haine et tout empreint
De l'Amour des Êtres et des Choses,
L'Amour qui donne et qui nourrit,
Le Grand Amour Universel,
C'est ce qu'il faut cultiver
Dans notre Coeur
Pour en étreindre
Toute la Création.
 
L'Aïkidô n'est pas fait pour mettre l'Autre par terre. Il est le chemin consistant à absorber l'esprit de l'attaquant, de ne faire qu'un avec Lui, et de prospérer ensemble dans l'Harmonie.
 
Par l'apprentissage des techniques, nous apprenons à ne plus considérer l'Autre comme un adversaire, à nous libérer du désir de le combattre.
 
C'est là que réside le Chemin de l'Union de l'Esprit & du Corps."
 
 
Voilà! Le ton est, je vous le disais, quelque peu doctrinal. Le rendu en langue française ne vaut pas celui du japonais; aussi encouragerai-je les pratiquants apprenant cette langue à attaquer ce type de texte sans a priori et sans se mettre de barrières. Il ne faut pas avoir peur de sortir des sentiers battus!
 
 
Retour.
 
Le retour à la réalité d'ici est, comme toujours, déphasant. En débarquant, je ne sais même plus utiliser les euros! Je cherche en vain une pièce de 5, avant de me souvenir qu'il n'y en a pas. Confusion avec la pièce de 500 yens... Retour au Dôjô. Le Cheminement continue. Ce n'est que le début...
 

Pascal OLIVIER.
 
La grande soirée 18 octobre 2009 PDF Print E-mail
  
Monday, 26 October 2009 15:58

  TENDÔRYÛ: La Grande Soirée

                           du Dimanche 18 octobre
                                                    Texte de Laurie PACE
 
J'y étais moi aussi! Et, pardonnez-moi mais, au nom de la pluralité des impressions et des intervenants, je ravis la plume de notre Professeur afin de vous faire entendre un son de cloche un peu différent; quelque peu discordant, peut-être?
 
Et d'emblée, je relève un oubli de taille dans le compte-rendu de Stage publié plus haut: en effet, la Belgique était également de la partie, représentée par ses plus illustres Aïkidôkas: Jos VAN ROY et Paco GARCIA BARRADO. L'oubli était de taille, même si le fait que ces deux très grands de notre Art aient formé tous les professeurs Tendôryû des Pays-Bas les ait fait assimiler un peu hâtivement comme néerlandais.
 
 Le déjeuner "d'au revoir", sur lequel se terminait l'article de Pascal, marquait la fin du séjour de la plupart des élèves; nous restions cependant trois sur place, pour participer à la Soirée organisée au Ginza Aster de Sangen Jaya, en face du Dôjô, de l'autre côté de la route nationale suspendue 246.
 
Nous nous présentions donc à 17h20, Pascal, moi-même, et son amie et confidente de toujours, Mlle. TAKANO (leur amitié remonte à plus de 20 ans déjà, et si j'ai bien compris, elle est un peu le Petit Soleil de sa vie).
 
Nous étions deux à avoir suivi le Stage; l'entrée à la Soirée nous était donc offerte. En revanche, pour la troisième personne, et bien que le comité d'accueil nous ait signifié que l'entrée était libre avec une certaine insistance, certaine personne fort influente se permit d'intervenir, avec tout autant d'insistance, pour les prier d'encaisser 8000 yens (environ 55 de nos euros), somme que dans son empressement elle déclama trois fois à voix très haute. Cela faisait bien... Pascal ayant coincé son énorme cigare entre ses lèvres pour sortir son crapaud de sa poche et acquitter le droit d'entrée de son invitée, nous sommes admis (çà y est? on peut y aller? Vous êtes sûrs? ouf!) dans le hall.
 
Je parle d'un cigare pour la beauté de la scène, quoiqu'en vérité il n'y en eût pas; mais le lecteur imaginera plus aisément le cocasse de la situation si l'on ajoute ce détail amusant et fictif. Et puis, ne vaut-il pas mieux en rire?
 
Le temps d'échanger des salutations avec de nombreux pratiquants de tous pays, en attendant le début des festivités; certains amis de longue date ont un air pincé et gêné, comme si le fait d'échanger des propos avec nous était d'une façon ou d'une autre compromettant (???). Mais, que l'on se rassure, ce n'est pas le cas de tout le monde. J'assisterai médusée à un sacré spectacle: un très ancien et très âgé pratiquant du Tendôkan vient nous congratuler en pleurant, évoquant les inoubliables séances d'entraînement qu'il connut jadis avec notre Pascal, lequel se trouve bien gêné de faire ainsi pleurer le vieil homme en public!
 
Ici se délite de la façon la plus absolue une légende que l'on m'avait inculquée voici des années à propos des Japonais: un homme, m'avait-on dit, ne pleure jamais en public, autrement il est un faible, une loque. Qu'il me soit permis d'affirmer que notre vieux pratiquant, que j'avais testé lors des entraînements, n'en est absolument pas!
 
Après quelques minutes, rebelotte: cette fois, c'est un VIP, qui fait partie des rares personnes autorisées à avoir une place assise juste devant la scène aénagée pour la démonstration (les autres étant relégués debout à l'arrière-plan quel que soit leur âge), qui se lève précipitamment de table et vient étreindre Pascal, le prenant à bras le corps pour verser de chaudes larmes de retrouvailles sur le poitrail de notre Professeur qui ne sait décidément plus où se mettre! La scène a quelque chose de comique (pardon!), mais elle est très remarquée. Peut-être n'est-elle pas du goût de tout le monde?
 
Renseignement pris, il s'agissait d'un très, très ancien pratiquant de l'Aïkikaï (qui avait même connu Ô Sensei), où Pascal, on l'oublie trop souvent, passa quatre années à s'entraîner avant sa rencontre avec Maître SHIMIZU; quatre années durant lesquelles il suivit assidûment les entraînements de Maître Kisshômaru UESHIBA, qui le prenait régulièrement comme Uké, et aussi de quelques autres professeurs dont l'actuel Dôshu (petit-fils du Fondateur).
 
Un verre de thé brûlant, encore de ce fameux Hôjicha au ton bruni, car la feuille a été grillée, et voici venue l'heure de débuter la cérémonie. Deux dames en kimono jouent de la musique, l'une est au koto (grande contrebasse rectangulaire posée sur le sol, au son vibrant et plaintif), que l'on appelle au Japon O koto (le "o" étant un préfixe de distinction); l'autre joue du Shakuhachi (flûte japonaise) pour le plus grand plaisir des messieurs. Pendant toute la durée de la soirée, celle qui joue du Koto gardera un sourire léger qui lui plisse les joues, et même en la contemplant de loin je me demanderai comment elle fait pour conserver aussi longtemps une telle expression, qui doit nécessiter une pratique aussi longue que celle de son instrument dont elle joue merveilleusement bien.
 
Le Sensei s'avance sur la scène, et entame une brève allocution qui ne nous parvient que par bribes, car comme souvent en pareille circonstance, le micro fait défaut, grésille, se coupe en milieu de phrase... On comprendra cependant que Maître SHIMIZU, à la voix peu portante peut-être du fait d'une certaine émotion, qualifie ce jour de "plus beau jour depuis 40 ans qu'il a ouvert [son] Dôjô", en contemplant l'assistance nombreuse et variée réunie ce soir pour lui faire hommage.
 
Les propos du Sensei, comme de tous les  intervenants (et ils sont nombreux), sont traduits en américain (nuance) par un grand gaillard qui a une tête de premier de la classe (l'expression est de nos élèves, qui adorent attribuer des surnoms). L'approximation avec laquelle les propos sont traduits cassent parfois l'effet escompté: un politicard local ayant évoqué son lointain passé aux côtés de Maître SHIMIZU, "alors que nous étions tous deux de très séduisants jeunes hommes", le propos sera traduit par "quand SHIMIZU était un beau jeune homme"; ce n'est pas la même chose... Et ainsi de suite.
 
Ensuite, c'est un défilé de célébrités inconnues: des députés de la 18ème circonscription de l'arrondissement ou de ce qui s'y apparente, que l'on croirait en pleine campagne électorale, se succèdent pour clamer bien haut qu'ils n'y connaissent rien à l'Aïkidô, mais que, c'est sûr, au fond les buts recherchés sont absolument semblables à ceux qu'eux-mêmes se proposent d'atteindre, s'ils sont élus ou réélus, bien sûr; donc, messieurs-dames, à l'occasion des prochaines échéances, n'est-ce pas, votez pour qui vous voulez, mais votez pour moi...
 
Ils auraient été priés de prendre la parole à l'Amicale de Scrabble ou de Pêche à la Ligne, qu'ils auraient sorti exactement les mêmes propos. Le public en avait marre d'applaudir, quoique mollement, et à chaque fois il y en avait un nouveau qui se pressait devant le micro en promettant de faire court, et cela repartait: et patati...
 
Un homme qui semblait être d'une certaine importance (c'est du moins ce qu'il semblait vouloir dire) et qui avait d'ailleurs gratifié le fascicule du souvenir des 40 ans d'une lettre dans laquelle il vantait ses souvenirs aux côtés d'hommes politiques passés (le Premier Ministre TANAKA, contemporain de Charles de GAULLE), regrettait amèrement de n'avoir pas pu suivre le Stage à Izu, ses très hautes responsabilités l'ayant retenu ailleurs; il appartenait, c'est vrai, à cette catégorie de gens que l'on n'a jamais vus sur un tatami, et qui se produisent en déclarations insistantes sur les bienfaits de l'Aïkidô. "Faites de l'Aïkidô, et vous serez un jour comme moi..." Non, là, je deviens malveillante.
 
La démonstration commença. D'abord, les enfants, des 8-10 ans, et franchement nos petits O-zozo-Phoriciens n'ont pas à rougir, même ceux qui ont commencé en septembre de cette année; mais enfin soyons indulgents avec les bambins, qui ont tout de même tenu leur rôle pendant les deux minutes et trente-huit secondes qui leur étaient allouées.
 
Ensuite, les deux lieutenants de Maître SHIMIZU: NAGAI Sensei et Waka Sensei se projetèrent chacun leur tour; NAGAI commença, et peut-être le désir de faire vite et mieux l'empêcha-t-il d'accéder à cette fluidité si souhaitable en Aïkidô, qu'il sait pourtant démontrer, lorsqu'il enseigne, par exemple. Waka Sensei fit plus court encore, et au total il n'y eut pas de grande originalité dans la démonstration de ces deux anciens. Juste une sorte de resucée des fêtes du Dôjô ou Kagami Biraki où on les voyait l'an passé, ou bien celui d'avant je ne sais plus, placer des techniques sans surprises: cela commençait par un Koté gaeshi, puis un kokyû en Sokumen Irimi, puis un koshi Nagé, puis un Irimi Nagé, puis une main au menton en Atémi Nagé, et vice versa.
 
La démonstration du Sensei vint ensuite. Le tatami, grand comme un mouchoir de poche (ce qui est compréhensible car le lieu était une salle de restaurant), ne permettait peut-être pas de grandes évolutions; mais le sensei se borna à démontrer des techniques sur deux partenaires le saisissant,(pratique très aléatoire tout de même car elle requiert beaucoup de bonne volonté des deux Uké), et l'on peut regretter que ce type de waza ne soit pas ce qu'il y a de plus caractéristique en Aïkidô. De même, il démontra ensuite à deux reprises sur un seul partenaire un exemple de sutemi waza, ces techniques où l'on se jette au sol en projetant le partenaire au-dessus de soi, et là encore il ne s'agit pas des techniques les plus classiques.
 
Après vint le moment de se restaurer, avant que la salle ne retentisse de nouveaux discours que plus personne n'écoutait: la loi du ventre régnait dès lors que l'on avait signalé le déclenchement des hostilités. Il s'agissait avant tout de se saisir d'une assiette, et fort heureusement il y en avait pour tout le monde. Mlle TAKANO, très prévenante et toujours présente, remplissait l'assiette de notre Pascal, trop occupé qu'il était à répondre aux nombreuses sollicitations dont il était l'objet. Il n'est jusqu'à la jolie jeune femme de chez IWATA, célèbre fabricant de Dôgi, qui à plusieurs reprises est venue s'entretenir avec lui, sans que l'on saisisse très bien le sens de sa démarche.
 
Je serai témoin de deux scènes, entre autres, que je ne résiste pas à vous raconter. Le Sensei ayant repris la parole au cours de la soirée pour conter une anecdote, Pascal se penche à l'oreille de son voisin allemand, et lui murmure en anglais, mais assez fort pour que je puisse l'entendre moi qui étais deux mètres plus loin: "Cela doit faire la cent trente-deuxième fois qu'il nous la raconte"; or, devinez qui se trouvait juste devant lui, et qui se retourna pour le gratifier d'un regard bienveillant? La femme du Sensei...
 
En parlant avec un très, très ancien pratiquant qui n'avait pas fait acte de présence au Dôjô depuis de nombreuses années, notre Professeur s'enquiert: "Ah, bon, tu es tout de même encore en contact avec le Sensei, alors? Ne te voyant plus, je craignais le pire..." Et l'autre de répondre: "Daijôbu, daijôôôôbu! On ne me la fait pas, à moi! Que crois-tu, j'ai cinquante années d'expérience, ningen wa dekitemasu kara! ("je suis un homme bien construit"). Le Sensei, c'est vrai, n'est pas un homme facile; et puis, vider les gens, c'est trancher net, ce qui évite de résoudre les problèmes, hein?!" Et les deux amis de partir d'un grand rire.
 
Un vieil homme au crâne lisse et luisant, portant une belle moustache blanche, intervient un peu plus tard. Pascal, qui connaît tout le monde, me le nomme: Nobuyuki WATANABE, qui enseigne à l'Aïkikaï. Apparemment, notre Professeur a suivi son enseignement en arrivant au Japon. Son style enveloppé et rond répondait bien à son attente... au début." L'aspect bourru de l'homme tranchait avec la souplesse de sa pratique; cependant après quelques semaines, il s'avéra clair que le Sensei remplissait une obligation en venant enseigner. Il démontrait toujours les mêmes techniques, dans le même ordre, sans jamais la moindre nouveauté ou la moindre variation dans l'enseignement. A la longue, cela devient lassant. Etant donné qu'il donnait trois cours à la suite le samedi, si l'on suivait les trois cours, on faisait trois fois exactement la même chose. Si l'on agissait comme cela chez nous, le succès serait garanti..." Pascal, langue de vipère? Oh, non!...
 
En conclusion, ce fut une belle soirée, très enrichissante de par les nombreuses rencontres qu'elle permit; nous n'avons pas regretté d'allonger notre séjour pour pouvoir y participer, car ce n'est pas dans le cadre de l'entraînement que l'on peut aisément s'entretenir ainsi avec des personnes que l'on connaît parfois depuis fort longtemps. Le seul regret que l'on puisse avoir, c'est qu'elle n'ait pas été l'occasion de clarifier les choses sur les intentions précises du Sensei et surtout de son entourage à propos de cette organisation planétaire qu'ils ont à coeur de mettre en route à présent. Bien des questions subsistent...
 
Laurie PACE.
 
Le commentaire de Pascal:
Chère Laurie,,,
 
Et c'est moi que vous traitez de langue de vipère??? Allons, allons, soyons sérieux.
Je ne partage pas, loin de là, toutes vos analyses; mais puisque vous avez insisté pour vous exprimer sur votre expérience, soit.
 
Euh... Nous étudierons, lors de la prochaine réunion de bureau, l'éventualité de vous rétrograder au 4ème kyû. Quant à votre 1er Dan, ma chère, je crois qu'il faudra vous faire oublier pour pouvoir espérer l'obtenir un jour...
 
Un conseil: avoir son franc-parler, c'est bien, mais le langage diplomatique permet parfois d'exprimer les choses avec plus de ... douceur.
 
Vous conservez toute mon amitié, et veuillez agréer, etc.
 
Le JAPON Ici et Maintenant PDF Print E-mail
  
Friday, 09 October 2009 09:55

Eh oui, cher Stéphane, quels propos bien sentis tu nous a adressés...

  Ce que tu as ressenti est assez unique et commun à la fois: tout Budôka s'étant rendu au Japon dans un authentique Dôjô d'une discipline de la Voie aura ressenti cet enthousiasme pour les choses basiques et essentielles telles que tu as bien voulu nous les faire partager.
  Cela laisse songeur en effet de voir avec quel entrain des tâches réputées ingrates (nettoyage du Dôjô) peuvent être diligentées avec bonne humeur pour le plus grand bénéfice de tous. Quelle leçon de vie en vérité... Et d'ailleurs tout le programme de l'Aîkidô est là: métamorphoser le négatif en positif, la violence en énergie constructrice, etc.
  Cela laisse effectivement songeur quand on voit le "bazar" en bordure de tatami dans nos Dôjôs, les chaussures éparpillées (je parle du coup des adultes!), les blousons pendouillant sur le banc, les sacs laissés ouverts par terre, les pratiquants qui entrent dans le Dojô comme dans un moulin et le quittent de même,...
Stéphane a évoqué le "sanctuaire"; oui, c'est bien de cela qu'il s'agit. Ni une église, ni un temple, car la notion pure de "religion" n'est pas à accoler à la pratique de l'Aïkidô. Entendons-nous bien: étymologiquement, "religion"" vient de "religaare", qui signifier "relier". Relier l'homme physique à sonn être spirituel; relier l'hommr à l'Univers, aurait dit le fondateur de l'Aïkidô dont la cosmogonie, jamais imposée à autrui, imprégnait la pratique et la manière d'être.
Ne me vis-je pas reprocher un jour en réunion de bureau par un pratiquant qui, ma foi, semblait parfois transfiguré, le regard éveillé et plein de lumière lorsque, tournant le dos à un naturel rustre, il faisait la découverte émerveillée des principes de l'Harmonie... Ne me vis-je pas reprocher par ce pratiquant de donner un cours de civilisation japonaise dans le Dôjô, alors que les pratiquants venaient juste pour s'entraîner, un point c'est tout?... Fort bien, mais les exemples ne manquent pas d'arts martiaux originellement subtils, et abêtis par une pratique sportisée (néologisme, pardon) dont toute Lumière était désespérément absente? Je ne suis opas loin de penser que l'Aïkidô, au Japon comme ailleurs, ait déjà pâti de cette standardisation, mais, chut!.... Je ne vais pas me créer de nouveaux amis en mettant en cause les dogmes établis.
  A tous les pratiquants, je souhaite de découvrir la merveille d'une pratique harmonieuse au Japon, dans le cadre culturel qui a vu naître et se développer le Budô; à tous les adeptes, à commencer par mes chers elèves, ceux qui ont vécu l'expérience, la vivent à l'heure où j'écris ces lignes (ils son t 7 à faire leur découverte du Soleil Levant) comme ceux pour qui cela demeure un projet ou un espoir futur.
  Comme le précisait Stéphane dans sa conclusion, il importe d'essayer de rapporter chez nous ce que l'on  a pu ressentir d'essentiel, à commencer par une ambiance
recueillie et propice à une découverte spirituelle qui donnera à notre existence  une tournure inédite.
   Ainsi, comme notre Stéphane, nous pourrons voir notre pratique évoluer vers une recherche des principes les plus essentiels et les plus subtils de cette merveilleuse discipline de vie que nous a léguée un homme en avance sur son temps d'au moins un millénaire.
 

Pascal OLIVIER
(en partance pour le Japon, ce 9 octobre 2009!).

 

 

Last Updated ( Friday, 09 October 2009 10:03 )
 
Entrainement au Tendôkan (Tôkyô) PDF Print E-mail
  
Friday, 02 October 2009 09:50
Après 15 ans de pratique de l'Aïkidô, pourquoi aller s'entraîner au Japon? Pourquoi si tard? Voilà les questions que je me suis posées sur le chemin menant au Dôjô de Maître Shimizu. Alors j'ai passé rapidement en revue mon cursus d'aïkidôka.
 
Aujourd'hui je fais partie des plus anciens (en pratique) dans le Dôjô que je fréquente. J'ai commencé dans un club qui comportait uniquement des débutants. Pour le petit groupe d'assidus dont je faisais partie, nous scrutions les démonstrations de notre professeur pour chercher le sens du mouvement et ses diverses subtilités. Une saine émulation régnait où chacun cherchait à progresser par soi-même.
 
Avec le temps et en progressant, ma pratique est devenue plus routinière. A cela se sont ajoutés: quelques certitudes, un peu d'ego, l'impression que certains partenaires travaillent par habitude ou accoutumance; d'autres se ménageant trop à mon goût. J'ai parfois eu la sensation de passer pour une "brute" aux yeux de certains que je souhaitais faire progresser en les sortant de leur torpeur. Et pour finir j'ai eu la sensation désagréable de stagner, voire parfois de régresser. Ma motivation du début s'est émoussée et j'ai déserté les tatamis ces dernières années.
 
Il demeurait au total une question: après 15 ans de pratique, est-ce que l'Aïkidô pouvait m'apporter autant de plaisir et d'ivresse qu'à mes débuts? Pour avoir la réponse, il fallait aller à la Source...
 
 
                                           *
 
C'est un peu tendu que j'arrive au Dôjô. Je suis accueilli par Brigitte (nb: l'épouse de Maître Shimizu). J'enlève mes chaussures dans le vestibule. On passe la porte. Les tatamis sont tout de suite là. Je fais comme mon hôtesse, je m'agenouille et salue en direction du Shômen. J'ai la sensation d'entrer dans un sanctuaire. Elle me demande de patienter un peu avant d'être reçu par le Sensei. Après quelques minutes, je suis introduit. Nous réglons quelques formalités avec Brigitte puis elle m'indique le vestiaire. Je me change rapidement et retourne sur le tatami attendre le début du cours. Je commence à m'échauffer; en effet, on m'avait prévenu que l'échauffement était individuel. Petit à petit les pratiquants viennent peupler le tatami.
 
Je constate une grande diversité: des hommes, des femmes, quelques personnes "âgées" et adolescents. Tout le monde s'échauffe dans une ambiance feutrée. Et dans une relative concentration. Quelques pratiquants profitent de ce moment pour solliciter les anciens et travailler les chutes. Une femme d'une soixantaine d'années, qui me semblait débutante, demandait des conseils pour améliorer sa chute plaquée.
 
Deux à trois minutes avant le commencement de la séance, tout le monde s'aligne debout et attend silencieusement. Quelques instants avant le début, tout le monde se met à genoux. Plus un bruit. Le Sensei vient au centre du tapis et à l'heure exacte le cours commence.
 
Tout va très vite. Il appelle un Uké au centre, le projette sur différentes techniques, puis il enchaîne sur 4 à 6 ikkyô. Il se tourne vers les élèves et lance quelque chose qui ressemble à "A vous!!!" Chacun prend le premier partenaire qu'il a à sa droite ou à sa gauche. Et dans les 5 à 10 secondes qui suivent tout le monde est déjà en train de répéter le mouvement.
 
Le rythme est soutenu; les pratiquants, disponibles. Les techniques s'enchaînent sans discontinuer. Quelques très courtes interruptions, le temps de s'éponger le front et les poignets. Il fait chaud et humide, c'est l'été... Au bout de 10 à 15 minutes, chacun regagne sa place. Et à nouveau le professeur prend un Uké, le projette un peu dans tous les sens, montre 4 à 6 fois une technique, place éventuellement un petit commentaire. Et c'est reparti pour 10 à 15 minutes de travail.
 
Le cours dure 45 minutes, ce qui permet de voir 3 à 4 techniques et de finir par 2 à 3 minutes de kokyû hô.
 
Après le salut, tout le  monde se précipite pour nettoyer et lustrer les tatamis. Cela prend en tout et pour tout 2 minutes. Puis c'est la pause: 30 minutes. Certains pratiquants quittent le tatami; d'autres font leur entrée pour le cours suivant. Cette pause est mise à profit pour revoir les points techniques. Et surtout pour travailler la chute, et encore la chute...
 
Le deuxième cours commence. Il va au même rythme que le premier. Je comprends alors qu'il faut gérer mon énergie pour tenir jusqu'à la fin.
 
                                          *
 
Durant tous ces entraînements, bon nombre de choses m'ont enthousiasmé. Il est difficile de retranscrire le fruit de cette expérience tant elle a été riche. Il faut le vivre. Cependant je vais m'y essayer au mieux et donner mes impressions.
 
Tout d'abord, le lieu et l'ambiance sont particuliers. Même si le quartier où se trouve le Dôjô est animé et bruyant (voie expresse toute proche), tout le long de la pratique j'ai eu la sensation d'être dans une bulle hermétique où rien ne pouvait venir perturber l'entraînement.
 
Au sein du Dôjô j'ai constaté que les plus anciens veillaient à la formation des plus "jeunes". Ils les entraînent inlassablement à chuter. J'ai ainsi constaté que bon nombre de nouveaux pratiquants avaient une bonne maîtrise de la chute, alors que dans leur technique ils semblaient débuter.
 
Chacun veille à ce qu'il n'y ait pas d'accoutumance, pas de temps mort. Les anciens luttent contre toute forme de pratique machinale ou mécanique.
 
J'ai eu la sensation que chacun était présent en un lieu, un temps, un mouvement. C'est une chose que l'on retrouve un peu au quotidien dans la vie des Japonais. Si l'on entreprend quelque chose, il faut le faire bien et "à fond". En caricaturant on pourrait dire "qu'il faut agir comme si sa vie en dépendait".
 
Tout cela réuni en un même lieu, dans un Dôjô, donne des conditions de pratique idylliques. A cela s'ajoute la gentillesse des pratiquants qui ont été aux petits soins avec moi. Chacun est venu m'apporter ce qu'il savait et ce qu'il avait à me faire partager. Certains m'ont montré comment plier le hakama, d'autres sont venus me faire progresser dans la chute plaquée, ou sur un mouvement qui passait mal pendant le cours.
 
Au final, cette expérience m'a redonné goût à la pratique. J'avais cru être parvenu à un sommet, mais en définitive dès que l'on y arrive c'est pour se rendre compte qu'il en existe d'autres à gravir, bien plus hauts. En attendant, il faut oeuvrer pour que le Dôjô où l'on s'entraîner tende encore plus vers celui de Maître Shimizu. C'est l'affaire de tous les pratiquants, et pas seulement du professeur.
Last Updated ( Friday, 02 October 2009 09:53 )
 
Impressions du Japon PDF Print E-mail
  
Friday, 02 October 2009 09:41

 

Un très ancien Elève de chez nous, Stéphane, est allé pour la première fois au Japon cet été. De la fournaise estivale de Tôkyô, quelques nouvelles nous sont parvenues, brèves mais concises: "l'entraînement a commencé. C'est exténuant." Voici le message que je lui ai adressé en retour:
 
"Merci de ces impressions ô combien fugitives. Un conseil, et un seul: dans l'avion du retour, note tes impressions, sur l'entraînement bien sûr mais aussi sur le Japon en général, car tu vas être sur un nuage pendant quelques jours en rentrant: déphasage, sentiment de "manquer" de quelque chose d'indéfinissable, surtout après l'extraordinaire expérience de l'entraînement au Tendôkan!
 
"C'est le moment où tu es encore "connecté"; pendant quelques jours tu ne vas pas vraiment avoir les pieds sur terre, et tout ce qui constitue le quotidien te semblera fade et sans importance. Puis, c'est le retour progressif à la "réalité" (à moins... à moins que la Réalité, ce soit ce que tu as vécu, ressenti de toutes les pores de ta peau là-bas? A toi de voir), c'est-à-dire une déconnexion inéluctable et tout ne subsiste plus dès lors qu'à l'état de souvenir.
 
"J'attends ton "rapport"; travaille-le bien avec le ventre, et si tu veux nous le mettrons sur le Site, car c'est le type d'expérience qui est profitable à tous, mais que peu ont le bonheur de vivre.
 
"Ce qui m'étonne, c'est que l'entraînement soit "exténuant" (selon tes propres mots) pour un très grand sportif comme toi, qui bénéficies d'une condition exceptionnelle et rare... Le décalage horaire, la nourriture, l'été torride aussi doivent y être pour quelque chose? Même moi (!) j'arrive à suivre tous les entraînements sans souffrir outre mesure, alors c'est dire!
 
"Reviens-nous bien vite, et dans l'attente, poursuis ton cheminement sur la Voie, sans oublier les nécessaires détours touristiques qui enrichiront encore davantage ta connaissance du Budô et du Japon, les deux étant très intimement liés."
Last Updated ( Friday, 02 October 2009 09:43 )
 
Vue du tatami... PDF Print E-mail
  
Wednesday, 26 August 2009 13:03

Démonstration de Pascal Olivier, filmée à 10 cm du sol, sur le tatami.

Bonne rentrée.

 

 

 

Last Updated ( Wednesday, 26 August 2009 13:14 )
 
Quelques photographies du dernier stage PDF Print E-mail
  
Friday, 24 July 2009 11:37

212 photographies.

Bon visionnage...

Cordialement

 

 

 
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