Tendoryu

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Conte d'Harmonie PDF Print E-mail
Monday, 28 December 2009 11:01
en guise de Conte de Noël
Retour sur un vécu...
 
Oui, la relation de cette expérience trouve sa place en cette sainte période de Noël, tant il est vrai que l'Aïkidô, art éminemment christique prêchant le non-atémi et la résolution des conflits par l'Amour, trouverait sa place dans maints épisodes évangéliques. La suite de ce développement me fournira certainement l'occasion de citer ultérieurement quelques anecdotes illustrant ce propos.
 
Pour l'heure... contentons-nous de relater la toute première expérience qu'il me fut donné de vivre dans le domaine de l'Harmonie; le souvenir en demeure, quelque trente-trois années plus tard, étonnament vif, si vif même qu'il alimenta toutes ces années dans la Quête entreprise dès le moment où je posai le pied pour la première fois sur un tatami pour y pratiquer l'Aïkidô.
 
Les vieux pratiquants (forcément vieux, car le temps a passé!) qui auraient vécu ce même type d'expérience ne manqueront pas d'éprouver une nostalgie certaine à l'évocation de la rencontre avec le Maître dont il va être question.
 
Grand parmi les grands, très grand même parmi les grands, son évolution ultérieure le vit s'orienter vers une forme excluant, plus encore que l'Aïkidô, toute forme de violence ou de confrontation. S'il est vrai que nul ne saurait stagner, et que qui n'avance régresse, il était logique qu'il se dirige progressivement vers un art distinct quoique découlant forcément de l'Aïkidô, même si son approche semble aujourd'hui foncièrement différente de notre art tel qu'il est généralement enseigné.
 
Ceci étant exposé, plus d'un parmi les pratiquants ayant fréquenté le Dôjô de Maître NORO de la rue des Petits-Hôtels dans les années 60 et 70 n'a pu que se sentir orphelin lorsque cet expert incontournable (qui ne l'a pas vu n'a rien vu!) cessa de professer son enseignement de l'Aïkidô pour créer sa propre méthode appelée Ki-no-Michi. C'est à ces orphelins du Budô que ces lignes sont dédiées.
 
 
DECOUVERTE DE L'HARMONIE
 
Jeune pratiquant assoiffé de découverte, du haut de mes 16 ans, je me rendis à l'Institut NORO par un jour froid de décembre 1976. Cette école faisait quelque peu figure à part parmi les Dôjôs parisiens, car quiconque n'en était pas membre ne pouvait accéder au tatami ni même surtout assister au cours en spectateur. Encore l'enseignement par paliers faisait-il l'objet d'une stricte progression, ce qui ne permettait pas aux élèves de niveau inférieur d'avoir un accès ne serait-ce que visuel aux "initiations" supérieures. Des démonstrations extrêmement pédagogiques étaient cependant organisées de temps à autre en des salles prestigieuses de la capitale, permettant à tout public d'apprécier la valeur de l'enseignement de maître NORO.
 
La seule possibilité d'accéder à la pratique consistait donc à s'inscrire à un stage de week-end mensuel; là, semblait-il, nul filtre ne pouvait empêcher le pratiquant réellement désireux de découvrir l'enseignement du Sensei, tout système même bien établi comprenant forcément une ou plusieurs failles.
 
J'arrivai, pauvre de moi, malencontreusement à l'heure où débutait le dernier entraînement de la session, et ignorant que le stage comportait une suite logique, commençant par les mouvements simples et les petits niveaux, pour arriver en fin de journée aux initiations supérieures où se déchaînaient des pratiquants incroyablement entraînés mais jamais violents.
 
Ayant réglé les formalités d'inscription, j'accédais au tatami et fus immédiatement saisi de l'ambiance si particulière qui y régnait. Un véritable vent d'harmonie soufflait par vagues, et les nombreux Aïkidôkas se mouvaient silencieusement; le froissement des hakamas était le seul bruit perceptible, en plus de quelques sons légers et brefs d'amortissement de chutes.
 
Du fond du Dôjô, assis en seïza, Maître NORO, dans son hakama blanc, dirigeait l'entraînement, et son esprit emplissait l'intégralité de la vaste salle aux murs clairs et au tatami beige. Son regard, à la fois partout et nulle part précisément, planait sur la masse des pratiquants qui se sentaient englobés dans l'esprit d'harmonie en mouvement que le Maître, du seul fait de sa présence, faisait régner du sol au plafond.
 
Ayant, à distance, salué Maître NORO qui me rendit un signe de tête assorti d'un air vaguement inquiété par mon arrivée intempestive, je fus immédiatement convié par un ancien à me joindre à sa pratique. Quelques brefs instants plus tard, Maître NORO fit entendre un "Oui, merci!" sonore, et la vague des pratiquants reflua vers le bord du tatami en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, chacun adoptant une attitude droite et attentive.
 
Au centre, Maître NORO était déjà en action, ayant, de loin, convié de l'esprit un assistant qui fondait sur lui, percevant instantanément l'attaque que le maître souhaitait qu'il lui portât.
 
L'action était vive et sans heurt; une force tourbillonnante et irrésistible exerçait sur le Uké un attrait vers le centre, avant de le projeter vivement dans la direction opposée; et le miracle de l'harmonie totale se reproduisait à chaque nouvelle attaque de l'élève sur le maître. C'était comme un ballet subtil; mais jamais chorégraphie n'avait produit un effet d'harmonie si parfaite, si intégrale. Car tout était spontané dans cette danse cosmique aux accents irréels; et le maître comme l'élève n'obéissaient à nulle figure définie, mais fusionnaient un bref instant au gré de l'inspiration née du moment, pour qu'ensuite les deux corps se séparent au terme d'un mouvement d'une ampleur que je n'ai jamais revue ailleurs.
 
Maître NORO m'avait fait découvrir l'harmonie. Ce que je découvris ce jour-là ne devait plus jamais quitter mon esprit, et la quête de l'Aïkidô ("Voie de l'Harmonie!") devait à jamais être teintée de ce que j'avais entr'aperçu chez lui. Il est peu opportun de revenir ici sur les déconvenues souvent cruelles éprouvées depuis en visitant des Dôjôs à la pelle, en France et au Japon; sachant bien qu'il est vain de comparer les styles ou les hommes, la tentation fut néanmoins souvent grande de songer au spectacle entrevu ce jour-là lorsque, quelques années plus tard, je fus amené à redécouvrir et parfois même à pratiquer un Aïkidô rudimentaire aux accents souvent bestiaux.
 
Ah, cher Maître NORO! Quel émoi n'aviez-vous pas fait naître dans le coeur de ce tout jeune homme aux grands yeux naïfs! En sortant de votre Dôjô, je me souviens m'être arrêté sur le pas de la porte, avoir humé l'air à pleins poumons; avoir levé le regard vers un ciel d'hiver étoilé, et avoir ressenti, pour la première fois, un indicible sentiment de reconnaissance, un besoin de dire "merci" qui embrassait toute la Création dont j'étais désormais conscient d'être, ô combien modestement, partie prenante.
 
Recevez, Cher Sensei, les remerciements tardifs d'un pratiquant anonyme.

 

 

Last Updated ( Thursday, 07 January 2010 16:14 )
 

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